Jean-François Gigand
Rendre visibles les systèmes concrets
Ingénieur-auteur, je construis des outils et des méthodes pour rendre les territoires, les modèles et les décisions plus lisibles et discutables.
Une manière de chercher
J’ai grandi avec l’idée qu’il fallait distinguer le réel des représentations que nous en construisons. Mon père, assez philosophe, revenait souvent sur cette différence : nos catégories, nos conventions et nos manières de voir ne sont jamais le monde lui-même.
Les cartes ont donné à cette question une forme très concrète. Scout, je parcourais les cartes IGN au 1/25 000 pour décoder des messages, transmettre des coordonnées Lambert, anticiper un itinéraire ou arriver à l’heure à un rendez-vous. Bien lire la carte permettait de gagner le jeu, d’économiser ses jambes et, parfois, de sauver l’honneur. Vers vingt ans, les carrières souterraines sont devenues un autre terrain d’exploration. La carte empêchait de se perdre, ouvrait l’accès à de nouveaux quartiers et constituait une véritable monnaie d’échange entre explorateurs.
Passionné d’informatique, j’ai trouvé dans les systèmes d’informations géographiques la rencontre presque idéale entre la carte et la base de données. On pouvait organiser l’information, choisir ce qui méritait l’attention et rendre le territoire opérable. J’ai pourtant découvert, en cherchant à concevoir des bases et des schémas toujours plus cohérents, qu’aucun rangement n’était neutre ni parfait. Il fallait choisir une échelle, sacrifier un niveau de détail, privilégier l’élégance du modèle ou son utilité immédiate. Le compromis n’était pas un défaut résiduel : il était au cœur de la représentation.
Une représentation permet de s’orienter et d’agir. Elle choisit aussi, toujours, ce qui mérite d’être regardé.
Activités actuelles
Construire, expérimenter, transmettre
Ces travaux donnent une forme concrète au parcours : initiative climatique, médiation sonore, enseignement et ingénierie logicielle. Chacun dispose d’une fiche courte qui distingue le contexte, le problème, ma contribution, le résultat et les choix techniques.
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Climat · SIG · Ingénierie
Climae
Des indicateurs d’adaptation paramétriques, situés et justifiables.
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Son · Carte · Médiation
Baladeur
Des récits sonores qui se composent et s’écoutent dans les lieux.
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Enseignement · SIG · BIM
Situer l’ouvrage
Des formations reliant modèles, géodonnées, traitements et jugement.
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Logiciel libre · Données
Chaînes reproductibles
Des productions automatisées qui conservent provenance et contrôles.
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Chercher ce qui tient
Descendre vers les fondations
Cette expérience a nourri une curiosité plus large. Face aux crises que traversent nos sociétés, certains angles morts me semblent insuffisamment explorés : l’énergie qui soutient nos services, les externalités que le capitalisme éloigne du regard, l’idée de progrès, la peur de l’avenir, le pouvoir, les religions, le rapport au vivant ou les transformations introduites par l’intelligence artificielle.
Ces sujets peuvent paraître dispersés. Je les vois plutôt comme différentes entrées dans une même question : quelles représentations organisent notre rapport au monde, et que deviennent-elles lorsqu’elles rencontrent leurs limites matérielles, sociales ou morales ? J’aime descendre vers les fondations, là où les idées redeviennent suffisamment reliées pour avoir des conséquences.
Le doute fait partie de cette recherche. J’avance en tâtant le terrain, comme on pose prudemment le pied pour vérifier qu’un appui tient. Je préfère découvrir que je me suis trompé plutôt que protéger longtemps une idée séduisante. La contradiction est donc bienvenue lorsqu’elle prend elle aussi le sujet au sérieux.
Écrire et discuter
Un atelier public
Ce site vient d’abord du plaisir de creuser une question et de donner une forme partageable à un point de vue parfois singulier. Écrire oblige à préciser une intuition, à construire un raisonnement et à l’exposer à la discussion. Si les textes sont lus, encouragés ou contredits, ils peuvent devenir plus solides — et peut-être contribuer, à leur mesure, à chercher des voies praticables au milieu des crises.
Je ne cherche pas à convaincre à tout prix, encore moins à distribuer des solutions depuis un balcon. Je voudrais plutôt entraîner le lecteur dans l’enquête : regarder une évidence de côté, retrouver ce qu’elle avait simplifié, puis voir si une autre configuration devient possible.
Activités parallèles
Garder un contact avec la matière
À côté de mon travail informatique et de l’écriture, je m’occupe de gîtes et je pratique la marqueterie de paille. Cette dernière activité remonte jusqu’à la culture du seigle qui fournit la matière.
Les gîtes ramènent aux travaux, aux usages et aux problèmes très concrets — notamment lorsqu’une plomberie refuse de partager notre conception du programme. La marqueterie engage autrement le rapport à la matière : il faut composer avec la météo, la mécanique, le geste et les propriétés du végétal avant qu’une forme puisse apparaître.
Ces activités ne constituent pas un autre versant sans rapport avec le reste. Elles rappellent simplement, et assez efficacement, qu’aucun système ne flotte longtemps au-dessus de ses conditions matérielles.